AuteurEmmanuel Burguete: à partir de l'excellent article de V. Pomero, D. Bonneau :
« Le phénomène de cavitation »
Revue de Médecine Vertébrale & des articulations périphériques, 8 (Décembre 2002) et l'expérience professionnelle 31/03/2010
Craquements et manipulations
(J'ai peur que mon ostéopathe me fasse craquer)
Le saviez vous?
Un certain nombre de patients ont peur de l'ostéopathie à cause des techniques qui font craquer. Ils ont d'ailleurs souvent vécu une mauvaise expérience avec un praticien.
Dans sa pratique, Emmanuel Burguete utilise préférentiellement des techniques particulièrement douces. Elles sont souvent mieux vécues et parfaitement adaptées à la prise en charge des symptômes douloureux aigüs.
Introduction:
En ostéopathie, Il y a heureusement de nombreuses autres façons pour corriger une structure que de la faire craquer. Mais dédramatisons le craquement et voyons exactement en quoi cela consiste.
Après la phase de test, le plus souvent le praticien vous donne la ligne directrice du traitement et quelles techniques il pourrait utiliser.
Posez la question à votre ostéopathe si vous avez une inquiétude à ce sujet!
Qu'est ce que le craquement?
Généralités:
C'est un phénomène physique que l'on appelle "cavitation". La cavitation est la formation de poches et de bulles de vapeur au sein d’un milieu liquide
initialement homogène.
Mécaniquement, on peut définir la cavitation par la rupture du milieu continu de liquide
sous l’effet de "contraintes". Ainsi, par le terme de contraintes, on sous entend
la notion de seuil à partir duquel la cohésion du liquide ne peut plus être assurée.
Ainsi, par exemple dans le cas d’une hélice de
bateau, l’apparition de ces bulles d’air ‘décollent’ le filet d’eau autour de
l’hélice.
L’implosion des bulles de cavitation est source de bruit,
ce qui peut représenter une gêne dans certaines applications où une discrétion
maximum est recherchée...(sous-marins tactiques).
Chez l'homme:
On rattache l’observation d’une clarté gazeuse entre deux surfaces articulaires au phénomène de cavitation.
Unsworth et al. ont réalise une étude exhaustive de cette manifestation objectivable en radiologie.
Le primum movens de cette réaction est la création d’une dépression par la décoaptation
rapide des surfaces articulaires :
La dépression générée entraîne la passage des gaz dissous dans le liquide synovial de la
phase liquide à la phase gazeuse (15% de gaz dissous dont 80% de dioxyde de carbone),
La bulle ainsi formée est instable car elle est le siège d’une dépression au sein d’un milieu
liquidien sous pression,
Le craquement audible est du au choc des parois liquidiennes de cette bulle qui se
percutent brutalement, source du bruit et de libération d’énergie.
Pour mettre en évidence ce phénomène, les charcheurs ont effectué des clichés radiographiques
centrés sur les articulations métacarpo-phalangiennes (entre les doigts et la main):
Le premier bilan est constitué par deux clichés comparatifs de la main droite et de la
main gauche d’un même sujet, avant et après avoir manipulé en traction axiale
manuelle instantanée les doigts médians de la main gauche , le claquement typique
ayant été nettement audible (à gauche la main gauche manipulée, à droite la main droite).
On observe qu’il n’existe aucune clarté aerique, et l’espace inter-osseux
est identique avant et après. Ce qui semble confirmer que la bulle se
constitue lors de la décoaptation , cette étape instable est immédiatement
suivie d’une rapide attraction des parois qui entrent en collision ,
produisant le claquement et de la désintégration de la cavité et sa
disparition.
Pour qu’une articulation craque, Unsworth et al. exposent les conditions qui sont
nécessaires au phénomène de cavitation :
La cavité articulaire doit être de petite taille,
La congruence des surfaces articulaire doit être maximale
Le patient doit avoir sa musculature relâchée (dans le cas inverse cela crée un
ralentissement de la dépression)
Le liquide synovial doit être en quantité minimale (un épanchement synovial excessif estun obstacle à la cavitation)
Il ne doit pas exister une hyperlaxité ligamentaire (la dépression serait amoindrie par
l’attraction et la déformation des parois)
Après obtention du craquement, tout en maintenant la traction, l’espace articulaire est
augmenté de taille et il lui faut 15 à 30 minutes pour revenir à l’état initial, durée de
dissolution du gaz.
Les hypothèses sur les effets du craquement :
Témoin d’une dépression rapide conséquence d’une décoaptation instantanées des
surfaces articulaires, le craquement est contemporain d’une mise en tension rapide des
éléments capsulo-ligamentaires et tendino-musculaires.
Certes, les récepteurs ligamentaires sont habituellement considérés comme des capteurs
de fin de course sensibles à l’étirement .Mais leur rôle ne peut se limiter à cette seule
notion puisque les corpuscules de Pacini sont sensibles à la pression.
On peut envisager la mise en jeu des récepteurs musculaires, organes neuro-tendineux de
Golgi et fuseaux neuro-musculaires, dont la fonction de régulation du réflexe myotatique
est primordiale
En outre, cette réaction chimique intra-articulaire produit de la chaleur dont le rôle
thérapeutique demeure peu connu.
Peut on faire autrement?
Il y a de nombreuses façons de redonner du mouvement à une articulation. Et faire craquer n'est pas la seule façon. Il existe en plus de ces techniques dites "structurelles", d'autres techniques aussi efficaces que les ostéopathes maitrisent parfaitement.
Techniques fonctionnelles, basées sur l'exagération du mouvement aidé par la respiration du sujet,
Techniques de fasciathérapie,
Etc.
Donc "Oui", on peut faire autrement. Ainsi pas d'inquiétudes, il vous suffira de nous le preciser pendant l'interrogatoire que vous ne voulez pas de manipulation qui font craquer.
Quel est l'intérêt de faire craquer?
Les techniques structurelles sont des techniques dites réflexes. Elles permettent:
d'informer l'articulation et les ganglions nerveux qui sont adjacents (ex: vertèbres et les ganglions orthosympathiques au niveau des cotes).
de libérer plus facilement et rapidement des articulations fixées depuis très longtemps.
Ce sera la qualité du blocage qui fera choisir à votre ostéopathe la technique qu'il devra utiliser. Mais là encore on peut informer le corps de pleins de manières différentes.
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